03 mai 2006

Samedi

J’ai commencé le voyage africain hier soir à Paris après avoir livré mon image au CNRS.

Je me suis arrêté au retour à Trocadéro, et me suis installé sur la terrasse du Musée de l’Homme pour lire les premières pages de l’Afrique Fantôme de Leiris.

Le lieu même où se constituaient, partaient et revenaient les missions ethnologiques des années 30 qui sont je crois à l’origine de la collection du Musée de l’Homme.

Le récit m’intéresse mais les limites de l’esprit d’un intellectuel français éclairé des années 30, même s’il s’appelle Leiris, par son esprit critique exacerbé l'empêchent d'atteindre son but. Il semble plus éclairé que certains de ses collègues de l'époque, avoir plus de distance et être sans illusion sur cette période coloniale finissante mais son son scepticisme, son esprit critique, sa "conscience" politique l’empêchent de lacher prise et de goûter l’Afrique (que je ne connais pas encore) pour ce qu'elle a de plus intéressant me semble-t-il. Il n'est jamais être dépassé, ni enthousiaste, ni dérouté, ni submergé par ce qu’il voit. Une légère ironie désabusée qui semble le fatiguer lui-même domine sa perception de tout et je comprends sa lassitude, car c'est un handicap de toute sa perception qui remplace le point de vue colonial par la supériorité de l’intellectuel européen qui croit, dans ces années là, au progrès, à la raison  etc. etc.

Dans la lecture de son journal il n’y a que 2 mois qu’il est en Afrique, il y restera je crois 2 ans, peut-être les choses vont elles changer… mais ce qui m’amuse, c’est que parti pour étudier les rites magiques, les fétiches, les masques… africains il semble bien démuni pour en comprendre la magie et qu'intuitivement il le sait.

Il "sait" d'avance que la magie n'existe pas... Je pense à Alexandra David-Neel qui, avec son athéisme et son scepticisme mordant partait pourtant à la rencontre des magiciens d'Inde et du Tibet et les rencontrait !

Elle les écoutait avec humilité, puis, initiée par eux, elle continuait en superposant athéisme + mysthicisme + magie + humour + ...tout ce qui pouvait venir et qui était un mystère nouveau qu'elle savait accepter.
Il faut beaucoup de liberté pour supporter ces montagnes russes de la pensée.

J'ai pris Léopold Senghor aussi dans ma valise !

 

Nous avons volé au dessus de l’Espagne sous un soleil de fin d’après-midi puis sur l’Algérie avant de voir l’Afrique dans une lumière rouge et poussiéreuse au moment du coucher de soleil.

Arrivée à Ouagadougou à 20 heures, la nuit tombée avec une température qui approche 40° et une odeur de bois brûlé.

Nous avons négocié de bonne humeur le prix pour qu’un taxi nous conduise à l’hôtel Lybia .

J’aime énormément les premières minutes dans un pays, et la perception synthétique qu’on en a.

Ce qui me plait instantanément ici, c’est le calme et l'humour lascif, pas de rapports de forces mais beaucoup de jeu et de courtoisie. J’imaginais une Afrique plus "hystérique", alors que ce que j’ai vu en arrivant ce sont des gestes lents et des plaisanteries. La route qui conduit à l’hôtel de nuit est ce que j’imaginais, des constructions sommaires, des lampadaires et du sable suspendu dans l’air qui nimbe l’ensemble d’un flou rougeâtre.

L’hôtel Lybia construit pour ou par Kadhafi, et où nous logeons est un grand immeuble moderne au milieu de nulle part (les quartiers récents de Ouagadougou appelés Ouaga 2000). Le hall et les couloirs sont habités de toutes sortes de sculptures, masques et tableaux .

Le balcon donne dans la nuit sur le vide et des lampadaires qui longent des routes droites et désertes.

Nous avons mangé une salade de crevettes et de pamplemousses au 10 ème étage. Demain Ouagadougou de jour.

Posté par Pascal à 17:38 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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